Victimes d'homophobie

Eric et Philippe

Eric et Philippe, dans leur quartier de la Butte Montmartre à Paris, janvier 2000.© MuCEM. Tous droits réservés.

« Si je n’ai pas eu à souffrir vraiment d’homophobie pendant mon adolescence ou ma vie de jeune adulte, Paris offrant pour ça, sans doute, j’en suis conscient, un certain anonymat garant de ma tranquillité. Pas de voisinage hostile, d’insultes, de problèmes relationnels au niveau professionnel où je n’ai jamais caché ni mon homosexualité ni ma vie de couple avec Philippe. Il n’en a pas toujours été de même !

Lors de notre recherche d’un appartement à Paris en 1991 quand avec Philippe nous avons fais le choix de nous installer ensemble, nous avons commis l’erreur de faire nos premières demandes d’appartement, ensemble et à nos deux noms. Curieusement alors que sur le papier tout concordait (revenus suffisants et garanties), nous avons essuyé deux refus assez surprenants. Du coup, pour notre premier appartement (dans le quartier de Barbès) Philippe a fait une demande en son seul nom et est devenu officiellement le seul locataire en titre, alors que nous nous y installions tous les deux.

Autre exemple plus dramatique d’homophobie à laquelle nous avons été confrontés : notre rencontre un soir dans le 19ème arrondissement de retour du restaurant avec une bande désireuse de casser du PD (!). Ils nous sont tombés dessus en nous insultant et en nous frappant à coup de batte de base-ball. Agression physique éclair (les cris d’un passant les à fait rapidement fuir) et un passage aux Urgences.
Le traumatisme resta plus psychologique que physique (bosses, plaies, bleus mais rien d’irrémédiable si je puis dire).
De mon coté, cette expérience avec une violence gratuite (il ne s’agissait pas de vol mais juste de tabasser deux pédés) m’a laissé longtemps sur mes gardes et m’a durablement marqué ».

Comme le répètent Éric et Philippe, « avoir conscience de l’homophobie et la vivre physiquement ce n’est pas la même chose ».

Philippe a été psychologiquement plus affecté qu’Éric par cette agression. Il a mis plusieurs mois à se remettre. Pour pouvoir se reconstruire, Éric et Philippe ont alors choisi de déménager de leur appartement du 19ème arrondissement pour retrouver le quartier de la mairie du 18ème dans lequel ils vivent toujours aujourd’hui, avec bonheur.